
Histoires et leçons de l'année
Partie 1 des petites histoires et leçons de l'année
MATOS
12/28/20259 min temps de lecture
Histoires et petites leçon de l'année
Première partie.


Heureusement qu'il n'y a pas que le matos et les objets dans la vie. Il y a aussi toutes les réflexions, les pensées et les leçons.
Voila la première partie de choses qui me viennent en tête lorsque je pense à cette année qui vient de passer, à une vitesse folle !





Vivre plus tard
Avec la descente vers le sud et l’été austral, les jours se sont rallongés, et les gens vivent aussi beaucoup plus tard en Argentine, suivant le soleil et une culture un peu plus méditerranéenne que plus au nord.
Si j’aime me lever tôt le matin, j’ai appris à décaler un peu mes habitudes, suivant le soleil, prenant aussi le temps de traîner tant le soir que le matin.
Mais ce n’est pas que le soleil, c’est que c’est ainsi que les gens vivent ici. Les magasins ouvrent plus tard, ferment pour la sieste et ferme plus tard le soir. Alors on peut très bien aller chercher une tomate ou un avocat à 22 heures.
On s’adapte, constamment.
Et c’est fou de voir à quel point la vie à changé depuis le Pérou, où il faisait nuit à 18 heures, où je m’endormais à 19 heures et me réveillais à 5 heures.
Les journées étaient courtes à cause du froid le matin qui nous faisait traîner.
On s’adapte sans s’en rendre compte.
Aussi, c’est ainsi que l’on gère sa frustration. Que l’on apprend à se connaître et à travailler sur soi.
Arriver à 14 heures devant un supermarché et le trouver fermé, et ce pendant encore quelques heures. Parce que le pays fait la sieste. C’est frustrant. Surtout quand on a faim et que l’on ne veut pas attendre pour trouver à manger.
Pourtant il n’y a pas grand chose que l’on peut faire. Attendre, s’organiser un peu mieux à l’avenir.
De plus, pour moi, se coucher tôt et se lever tôt, ainsi que manger tôt, sont nécessaires à un mode de vie sain. Pourtant, force est de constater que le soleil décide, et le ventre aussi.
On s'adapte donc. Apprendre à calquer son rythme sur celui du pays que l’on visite.
Nous ne faisons somme toute que passer au travers d’un pays en ébullition, nous ne sommes que spectateurs.


L'insupportable grandeur du ciel :
Un soir, j’ai dormi au bord d’un fossé dans le désert nord Argentin, quelque part au bord d’une piste. J’inspecte longuement le ciel, et j’imagine qu’il ne va pas pleuvoir. Je l’espère, je le crois.
Alors je ne mets pas le double toit.
J’aime dormir sans le double toit. Me sentir au maximum à l’extérieur, au plus près de la brise et des lumières.
Je suis allongé sur mon matelas, je lis et je garde un œil sur les nuages. Car si j’aime dormir avec le moins de matière entre moi et le reste du monde, je n’aime pas avoir à me réveiller en pleine nuit après avoir reçu quelques gouttes sur le coin du nez pour mettre le double toit en caleçon et en vitesse.
Plus l’heure passe et plus la lumière baisse. Il n’y a presque plus aucune voiture qui passe sur la piste. Le temps se fige. Je crois voir deux immenses condors planer tout là haut. Au vu de leur taille j’imagine que ce sont des condors. J’espère d’ailleurs, car ça serait peut être les premiers.
Cette lumière qui s’installe, elle est douce. Celle des matins et des soirs, qui est toujours plus belle lorsqu’elle s’installe en silence.
Mais tout à coup, c’est presque trop. Puis ça devient trop. Le ciel est trop grand, les condors aussi. Les montagnes, les perspectives. Tout semble m’écraser.
Je crois que c’est la première fois que je sens le décor m’envahir. Tout me semble “trop”, même si je peine à préciser ce que veut dire ce “tout”.
Alors je sors en caleçon et je mets le toit. Je me coupe visuellement du monde extérieur qui par sa grandeur m'oppresse. C’est une impression étrange.
Ce qui toujours me libère ce soir là m’a oppressé.
La nuit fût courte à cause du vent, mais je suis reparti de bon matin, vers le sud, et ceci ne m’est plus arrivé de nouveau.


Ne pas relâcher l'attention
Une fois sortie de l’Amérique centrale, puis de la Colombie, de l’Equateur, du Pérou, on se dit que le pire est derrière nous. Que l’on peut relâcher un peu l’attention, enfin.
Camper plus librement, laisser le vélo devant l’épicerie sans tomber dans la paranoïa, faire un peu plus confiance aux gens.
On s’imagine que la vie est beaucoup plus calme en Argentine et au Chili.
Pourtant malheureusement le mal est toujours là, mais sous des formes différentes. Il ne s’agit plus forcément d’attaques ou d'agressions, mais de bandes et d'individus très doués et très bien organisés.
En fait, il faut faire tout autant attention, et peut être même plus encore, les problèmes arrivent encore plus sournoisement, et sont en un sens encore plus difficiles à prévoir.
Ce n’est pas une histoire de villes, de quartiers. Il faut juste faire attention tout le temps, partout.
Ainsi il faut encore et toujours faire attention aux endroits où l’on campe, à ne rien laisser trainer sur le vélo. A ne pas se faire voir du tout, à ne tenter personne à aucun moment.
Et finalement, j’ai plus entendu d’histoires de gens qui se sont fait voler dans le coin que plus au nord.
Peut être que ce n’est pas forcément plus dangereux ou plus risqué ici, mais simplement que l’on baisse un petit peu notre attention.
On imagine la Patagonie comme un endroit sauvage, libre et sûr. Alors que c’est plein de barrières, de tourisme et de gens qui tentent leurs chances dès que quelqu’un à le dos tourné.
J’ai rencontré un cycliste qui s’est fait voler sa sacoche sur le vélo, pendant qu’il marchait et discutait à côté de son vélo.
Hormis le fait que c’est plutôt chiant, ça force tout de même le respect.
Un autre copain à la descente d’un bus entre Mendoza et Santiago était en train de remonter son vélo, toutes ses affaires étant à moins d’un mètre de lui. Un regard de côté, et en se retournant son sac à dos avec tous ses papiers avait disparu.
Ne jamais baisser l’attention. Il y a des degrés d’attention c’est certain. Pourtant, le meilleur moyen de ne rien voir disparaître est encore de rester attentif, tout le temps, constamment. Le tout sans oublier d’être heureux et de faire confiance.
Tout est question d’équilibre.


La nationalité des voyageurs
En comptant les gens avec qui j’ai roulé depuis l’Alaska, je me suis surtout rendu compte d’une chose : les nationalités sont toujours les mêmes, ou en tous cas la majorité vient d’une minorité de pays. Et pas les plus peuplés.
Il est sûrement intéressant d’y réfléchir un peu, car il y a sûrement plusieurs facteurs qui sont à prendre en compte.
Celui qui me paraît le plus probable est sûrement le fait de vivre dans un pays où les salaires sont hauts et où la monnaie est forte. C’est vrai de presque tous les gens que j’ai rencontrés sur la route.
Beaucoup d’Européens donc, et d’Américains du nord. Mais en Amérique du sud c’est intéressant de voir qu’il y a beaucoup de cyclistes qui viennent de la partie sud du continent. La majeure partie venant du Brésil, Colombie, Chili et Argentine. Les pays ayant un niveau d’éducation plus élevé, ainsi qu’un niveau de vie plus élevé.
Et pour les Européens, énormément de Français, puis des Allemands, Belges, Italiens, Hollandais et Anglais.
Ce que je me dis aussi, c’est que c’est une affaire de culture. La culture du vélo n’étant pas aussi forte partout, elle l’est souvent dans les pays cités ci dessus.
La culture du vélo naît-elle du confort matériel et financier ? Bonne question.
Je me faisais la même réflexion avec l’alpinisme, escalade et ski. C’est toujours les mêmes profils, toujours la même couleur de peau.
En fait, je pose ça là, comme un questionnement un peu laissé en suspens, puisque je n’ai aucune réponse. Simplement, à l’autre bout du monde, si je croise un voyageur à vélo, il y a de fortes chances qu’il vienne de mon pays, ou tout au moins d’un pays voisin.
A l’autre bout du monde, les Français trouvent toujours quelque chose qui les ramènent un peu chez eux.

